Le biblionaute

Devinettes

Qui a écrit les textes suivants ?

"Pour déclamer - Ah ! pour déclamer ! - Pour déclamer le Poézi bon pied, on aura intérêt à quitter, sans délai, les attitudes néfastes qui portent à des conséquences fatales. Ainsi de l'attitude verticale ou debout qui prédispose aux varices ou de l'attitude assise qui favorise les hémorroïdes. On évitera également l'attitude penchée sur sa copie qui conduit, de manière irréversible, à la scoliose ou à la syphose. De même, à la station à croupetons, trop bancale, on préfèrera la position à quatre pattes, moins banale et plus propice au placer et au rassembler, cette belle station forcée dans laquelle les membres antérieurs et postérieurs convergent sous le tronc de l'artiste. Ah ! plaisante station ! Comme le camper, assez champion. Mais rien ne surpassera jamais les décubitus à leurs divers degrés. Le décubitus sterno-costal ( le poète couché repose sur le sternum et l'un de ses bas côtés ) le décubitus sternal ( le corps du Poète repose uniquement sur le poitrail ) et sans égal, le décubitus latéral où l'on voit le Poète allongé, la joue bien collée contre un oreiller bien calé, réciter, à l'aise sans s'énerver !................" {5}

 

"lDans cet Empire, l'Art de la cartographie parvint à une telle perfection que la Carte d'une seule Province occupait toute une ville et la carte de l'empire toute une province. Avec le temps, ces Cartes Démesurées ne donnèrent plus satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l'Empire, qui avait le format de l'Empire et qui coïncidait point par point avec lui. Moins portées sur l'Étude de la Cartographie, les Générations Suivantes comprirent que cette Carte Dilatée était inutile et, non sans Impiété, elles l'abandonnèrent à l'inclémence du Soleil et des Hivers. Dans les Déserts de l'Ouest, subsistent des Ruines en lambeaux de la Carte, habituées par des Animaux et des Mendiants. Dans tout le Pays, il n'y a plus d'autres reliquats des Disciplines Géographiques." {4}

 

Éloge du crime

"leLe philosophe produit des idées, le poète des poèmes, l'écclésiaste des sermons, le professeur des traités...Le criminel produit des crimes. Si on regarde de plus près les rapports qui existent entre cette dernière branche de production et la société dans son ensemble, on reviendra de bien des préjugés. Le criminel ne produit pas des crimes : c'est lui qui produit le droit pénal, donc le professeur de droit pénal, et donc l'inévitable traité dans lequel le professeur consigne ses cours afin de les mettre sur le marché en tant que "marchandise". Il en résulte une augmentation de la richesse nationale, sans parler de la satisfaction intérieure que selon le professeur Roscher, témoin autorisé, le manuscrit du traité procure à son auteur.
lePlus : le criminel produit tout l'appareil policier et judiciaire : gendarmes, juges, bourreaux, jurés, etc...et tous ces divers métiers, qui constituent autant de catégories de la division sociale du travail, développent différentes facultés de l'esprit humain et créent en même temps de nouveaux besoins et de nouveaux moyens de les satisfaire. La torture, à elle seule, a engendré les trouvailles mécaniques les plus ingénieuses, dont la production procure de l'ouvrage à une foule d'honnêtes artisans.
leLe criminel crée une sensation qui participe de la morale et du tragique, et ce faisant il fournit un "service" en remuant les sentiments moraux et esthétiques du public. Il ne produit pas que des traités de droit pénal, des codes pénaux et, partant, des législation de droit pénal : il produit aussi de l'art, des belles-lettres, voire des tragédies, témoins non seulement La faute de Müllner et Les brigands de Shiller mais également Oedipe et Richard III. Le criminel brise la monotonie et la sécurité quotidienne de la vie bourgeoise, la mettant ainsi à l'abri de la stagnation."{3}

 

 

"Parmi les gens enfermés il y avait beaucoup de joueurs d'échecs, des politiciens, des pêcheurs à la ligne et des scouts, des philatélistes, des photographes et des peintres. Un autre client s'y est fait mettre à cause de vieux pots qu'il voulait appeler urnes funéraires. Il y avait aussi un type qui ne quittait pas la camisole de force qu'on lui passait pour l'empêcher de calculer la fin du monde.[...] Tout le monde était libre de dire ce qu'il avait envie de dire, tout ce qui lui passait par la tête. On se serait cru au parlement. Très souvent, on s'y racontait des contes de fées et on finissait par se battre quand une princesse avait tourné mal. Le fou le plus dangereux que j'y aie connu, c'était un type qui se faisait passer pour le volume XVI du "dictionnaire Otto". Celui-là priait ses copains de l'ouvrir et de chercher ce que le Dictionnaire disait au mot "ouvrière en cartonnage", sans quoi il serait perdu."{2}

 

Sourate du vide

Désapprendre - déconditionner sa naissance - oublier son nom - être nu

Dépouiller ses défroques - dévêtir sa mémoire - démodeler ses masques

Déchirer ses devoirs - défaire ses certitudes - désengranger ses doutes - désemparer son être.

Débaptiser sa source -dérouter ses chemins - défeuiller ses désirs - décharner ses passions.

Désacraliser les prophéties - démonétiser l'avenir - déconcerter l'antan - décourager le temps.

Déjouer la déraison - déflorer le délire - défroquer le sacré - dégriser le vertige.

Défigurer Narcisse - délivrer Galaad - découronner Moloch - détrôner Léviathan.

Démystifier votre âme - déséchouez vos échecs - désenchantez le désespoir - désenchaînez l'espoir.

Délivrez la folie - désamorcez vos peurs - désarrimez vos coeurs - désespérez la mort.

Dénaturez l'inné - désincrustez l'acquis - désaprenez-vous - Soyez nu {1}

 


1 : Jacques Lacarrière {Sourates}
2 : Jaroslav Hasek {Le brave soldat Chveik}
3 : Karl Marx
4 : Borges {L'auteur et autres textes}
5 : Jean Pierre Verheggen { Entre zut et zen}

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