Le biblionaute

Voyages

 

André Hardellet
"L'art suprême du promeneur consiste à dégager dans ce qui l'entoure une ressemblance avec des éléments de son histoire secrète, avec les parcelles d'un royaume oublié. La rue, ou la route, vaut avant tout par ce qu'elle tente de vous confier en son langage de formes et de couleurs; c'est un tableau du musée imaginaire, qui n'est exposé qu'à votre intention et dont vous seul pouvez comprendre le sens.
Un dernier conseil, si tant est que j'aie le droit d'en donner : rendez grâces à la réalité, aussi "rugeuses" soit-elle, qui vous a ouvert la voie; plutôt que d'attiser la vieille querelle entre elle et le rêve, conciliez-les à votre profit."
La promenade imaginaire.

Nicolas Bouvier
"Trop de gens attendent tout du voyage sans s'être jamais souciés de ce que le voyage attend d'eux."

Nicolas Bouvier
"On ne voyage pas pour se garnir d'exotisme et d'anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu'on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels [...] Sans ce détachement et cette transparence, comment espérer faire voir ce qu'on a vu ? Devenir reflet, écho, courant d'air, invité muet au petit bout de la table avant de piper mot."

Nicolas Bouvier
"Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait."

Nicolas Bouvier
"L’argent manquant, peut-être va-t- il s’animer un peu, ce voyage ! Toujours — sauf au bordel — on paie pour que rien n’arrive, pour ne pas dormir à la belle étoile, pour ne pas partager les récits, les délires et les puces d’un dortoir de dockers, pour poser ses fesses […] sur le velours inutile d’un compartiment face à des usagers que l’éducation a rendus trop timides pour qu’ils osent ou qu’ils daignent vous adresser un mot."

Cesar Pavese
"Tout voyage est une agression. Il vous contraint à faire confiance à des inconnus et à perdre de vue le confort familier du foyer et des amis, on est en perpétuel déséquilibre. On ne possède rien en dehors de l'essentiel - l'air, le sommeil, les rêves, la mer, le ciel - toutes choses qui tendent à l'éternité ou du moins à ce que nous en imaginons."

Tchouang-Tseu
"Celui qui considère le néant comme sa tête, sa vie comme son épine dorsale et la mort comme son cul ; qui estime que la mort et la vie, la possession et la perte ne sont qu'un, celui-là est notre ami."

Walter Benjamin
"Ne pas trouver son chemin dans une ville, ça signifie pas grand-chose - mais s'égarer dans une ville comme on s'égare dans une forêt demande toute une éducation. Il faut alors que les noms de rues parlent à celui qui s'égare le langage des rameaux secs qui craquent, et des petites rues au coeur de la ville doivent pour lui refléter les heures du jour...aussi nettement qu'un vallon de montagne. Cet art, je l'ai tardivement appris...le chemin de ce labyrinthe..n'a pas manqué d'avoir son Ariane auprès de laquelle, pour la première fois et pour ne jamais plus l'oublier. Je compris ce dont je ne connus que plus tard le nom : l'amour."

Christian Hubin
"Manifestations Rimbaud. Processions de sortie des reliques. Élus locaux, exégètes transtextuels, show chercheurs d'absolu en pub d'une marque de bière, sucette Arthur, pédophilie poétique dans toutes les classes ; barbecues saison en enfer, croisière le bateau ivre sur cent mètres de Semoy, course de jambes artificielles, brocante des taxidermistes de la culture, vente d'épinglettes I fuck Rimbaud ; Marseillaise Tutus en poils de Harar, grand bal d'illuminations au laser, migraine de lendemain de centenaire.
Silence retrouvé
Quoi ? l'éternité."

Cornac McCarthy {De si jolis chevaux}
"Ils [les vaqueros] écoutaient avec une grande attention quand John Grady répondait à leurs questions et ils approuvaient d'un signe de tête solennel et ils surveillaient leur comportement soucieux qu'ils étaient de ne pas donner à penser qu'ils avaient une opinion sur ce qu'ils entendaient car comme la plupart des hommes rompus à leur travail, ils rejetaient avec mépris l'idée même qu'ils auraient pu connaître quelque chose autrement que par expérience."

René Descartes
"Il est aussi utile pour la vie de connaître des causes imaginées que si on avait la connaissance des vraies."

Dominique Meens
"Je parle d'oiseaux. Ou les oiseaux me font parler. Qui enquête, vous ou l'oiseau ?."

Gustave Flaubert
"Pour qu'une chose devienne intéressante, il faut la regarder longtemps."

Tristan Tzara
"Il y a des paroles filantes laissant une trace légère trace de majesté derrière leur sens à peine de sens."

Georges Perec
"Que peut-on connaître du monde ? De notre naissance à notre mort, quelle quantité d'espace notre regard peut-il espérer balayer ? Combien de centimètres carrés de la planète Terre nos semelles auront-elles touché ?
Parcourir le monde, le sillonner en tous sens, ce ne sera jamais qu'en connaître quelque ares, quelques arpents : minuscules incursions dans des vestiges désincarnés, frissons d'aventure, quêtes improbables figées dans un brouillard doucereux dont quelques détails nous resteront en mémoire ; au-delà de ces gares et de ces routes, de ces pistes scintillantes des aéroports, et de ces bandes étroites de terrains qu'un train de nuit lancé à grande vitesse illumine un court instant, au-delà des panoramas trop longtemps attendus et trop tard découverts, et des entassements de pierres et des entassements d'oeuvres d'art, ce seront peut-être trois enfants courant sur une route blanche, ou bien une petite maison à la sortie d'Avignon, avec une porte de bois à claire-voie jadis peinte en vert, la découpe en silhouettes des arbres au sommet d'une colline des environs de Sarrebrük, quatre obèses hilares à la terrasse d'un café dans les faubourgs de Naples, la grand rue de Brionne, dans l'Eure, deux jours avant Noël, vers six heures du soir, la fraîcheur d'une galerie couverte dans le souk de Sfax, un minuscule barage en travers d'un loch écossais, une route en lacets près de Corvol-l'Orgueilleux... Et avec eux, irréductible, immédiat et tangible, le sentiment de la concrétude du monde : quelque chose de clair, de plus proche de nous : le monde, non plus comme un parcours sans cesse à refaire, non pas comme une course sans fin, un défi sans cesse à relever, non pas comme le seul prétexte d'une accumulation désespérante, ni comme illusion d'une conquête, mais comme retrouvaille d'un sens, perception d'une écriture terrestre, d'une géographie dont nous avons oublié que nous sommes les auteurs."

 



Webmestre: Jean Pierre Agasse